La réunification des dettes

Avoir plusieurs dettes en cours en même temps peut vite compliquer les finances du foyer. Une carte revolving, un prêt personnel, le financement d’une voiture, des paiements fractionnés et un crédit immobilier peuvent sembler gérables séparément, mais ensemble ils peuvent absorber une part trop importante des revenus.

Le regroupement de crédits apparaît alors comme une solution pour remettre de l’ordre : remplacer plusieurs mensualités par une seule, plus basse et plus facile à contrôler. Mais il y a un point essentiel : payer moins chaque mois ne signifie pas forcément payer moins au total. Dans beaucoup de cas, la mensualité baisse parce que la durée s’allonge, ce qui implique de payer des intérêts plus longtemps.

Qu’est-ce que le regroupement de crédits ?

Le regroupement de crédits consiste à rassembler plusieurs prêts, crédits ou dettes en cours dans un nouveau prêt unique. Ce nouveau prêt sert à rembourser les dettes précédentes et laisse une seule mensualité, avec de nouvelles conditions de durée, de taux et de frais.

L’objectif principal est de retrouver de la marge chaque mois. Au lieu de payer plusieurs mensualités avec des dates, des montants et des taux différents, on n’en paie qu’une seule. Cela peut aider à éviter les retards, organiser le budget et réduire la pression mensuelle.

Le problème se trouve dans le coût total. Comme le rappelle le cadre européen du crédit aux consommateurs, un crédit doit être évalué au-delà de la mensualité : allonger la durée peut réduire le paiement mensuel, mais aussi augmenter le montant total payé.

Quelles dettes peuvent être regroupées

Cela dépend de l’établissement et du profil du client, mais on peut généralement inclure :

  1. Les prêts personnels, comme les crédits pour travaux, études ou gros achats.
  2. Les cartes de crédit et crédits revolving, qui ont souvent des taux élevés.
  3. Les financements auto ou consommation, y compris les achats fractionnés.
  4. Les découverts ou dettes bancaires, si l’établissement accepte de les inclure.
  5. Le crédit immobilier, lorsque l’opération se fait avec une garantie hypothécaire.

Avant d’approuver le regroupement, l’établissement analyse les revenus, la stabilité professionnelle, l’historique de paiement, le niveau d’endettement et les garanties disponibles. Si un bien immobilier intervient, sa valeur est également évaluée.

Regroupement avec crédit immobilier et sans crédit immobilier

Il existe deux grands modèles.

Regroupement avec crédit immobilier

C’est l’option habituelle lorsque la personne possède un bien immobilier ou a déjà un crédit immobilier en cours. Dans ce cas, le crédit est augmenté ou un nouveau prêt est créé pour rembourser les autres dettes.

L’avantage est que le taux est généralement plus bas que celui d’un prêt personnel ou d’une carte revolving. La mensualité peut baisser fortement parce que la durée est répartie sur davantage d’années.

Le risque est important : des dettes de consommation qui n’étaient pas liées au logement peuvent le devenir. En cas de non-paiement, le problème peut affecter directement le bien immobilier.

Regroupement sans crédit immobilier

Dans ce cas, on souscrit un nouveau prêt personnel pour rembourser plusieurs dettes précédentes. Aucun logement n’est utilisé comme garantie, ce qui réduit le risque patrimonial.

L’inconvénient est que le taux est généralement plus élevé et la durée plus courte. Cette option peut avoir du sens si le montant total n’est pas trop important ou si l’objectif est d’organiser les paiements sans engager un bien immobilier.

Combien coûte un regroupement de crédits

Le regroupement peut inclure plusieurs coûts :

  1. Frais d’ouverture du nouveau prêt.
  2. Frais de remboursement anticipé des prêts précédents.
  3. Frais d’évaluation, si un bien immobilier intervient.
  4. Frais de notaire, d’enregistrement ou de gestion dans les opérations immobilières.
  5. Commission d’intermédiation, si un courtier est utilisé.
  6. Intérêts totaux du nouveau prêt.

C’est pourquoi il ne suffit pas de regarder la nouvelle mensualité. L’important est de comparer le TAEG et le coût total de l’opération.

Exemple simple : si une personne paie 800 euros par mois et descend à 450 euros, elle gagne de la marge mensuelle. Mais si elle passe d’un remboursement sur 5 ans à un remboursement sur 15 ans, elle peut finir par payer beaucoup plus d’intérêts.

Quand le regroupement de crédits peut avoir du sens

Il peut avoir du sens lorsque la somme des mensualités actuelles est trop élevée et qu’il existe un risque d’impayé à court terme. Il peut aussi être utile lorsque plusieurs dettes coûteuses, comme des cartes revolving ou des crédits à la consommation, peuvent être remplacées par un financement avec un TAEG plus faible et une mensualité supportable.

Il peut également aider lorsque le principal problème est le manque d’ordre. Beaucoup de personnes n’ont pas une seule énorme dette, mais plusieurs petites mensualités mal réparties. Les regrouper peut faciliter le contrôle, à condition de ne pas réutiliser le crédit de manière impulsive ensuite.

Le meilleur moment pour l’envisager est avant d’entrer dans une situation d’impayés sérieux. Avec des retards accumulés, des frais et un historique de crédit détérioré, le regroupement devient généralement plus difficile et plus coûteux.

Quand cela peut être une mauvaise idée

Le regroupement peut être dangereux s’il sert à masquer un problème de dépenses sans le corriger.

Si les dettes sont regroupées, que la mensualité baisse et que la personne recommence ensuite à utiliser sa carte de crédit, à financer des achats ou à différer ses paiements, le résultat peut être pire : le prêt regroupé reste en place et de nouvelles dettes s’ajoutent.

Cela peut aussi être une mauvaise idée si la baisse mensuelle est faible mais que la durée s’allonge trop. Dans ce cas, l’opération ne fait que repousser le problème et augmenter les intérêts.

Il faut être particulièrement prudent lorsque des dettes de consommation sont intégrées à un crédit immobilier. Financer des achats, des vacances ou des cartes dans un crédit immobilier peut sembler confortable grâce à la mensualité basse, mais cela transforme des dépenses déjà consommées en engagement de long terme.

Ce qu’il faut vérifier avant de signer

Avant d’accepter un regroupement, il faut calculer :

  1. Combien vous devez aujourd’hui au total.
  2. Combien vous payez actuellement chaque mois.
  3. Combien vous paierez chaque mois après l’opération.
  4. Combien vous paierez au total avec intérêts, frais et commissions.
  5. Combien d’années vous ajoutez à la durée.
  6. Quelles garanties vous engagez.

La question importante n’est pas seulement : “est-ce que ma mensualité baisse ?”. La vraie question est : “est-ce que cela vaut la peine de payer plus au total pour gagner de la marge chaque mois ?”

L’Autorité bancaire européenne (EBA) fixe des critères pour que les établissements évaluent la capacité de remboursement des emprunteurs. Malgré cela, la décision ne doit pas dépendre uniquement de la banque. La personne qui signe doit vérifier si la nouvelle mensualité correspond à ses revenus réels et si elle pourrait absorber des imprévus.

Alternatives avant de regrouper ses crédits

Avant de tout regrouper dans un nouveau prêt, il vaut mieux examiner d’autres options.

La première consiste à rembourser d’abord la dette la plus chère. Si vous avez une carte revolving avec un TAEG très élevé et un prêt personnel moins cher, il peut être préférable de s’attaquer d’abord à la carte.

La deuxième consiste à négocier directement avec l’établissement. Il est parfois possible d’allonger la durée d’un prêt précis, de changer la date de paiement ou de négocier un report temporaire sans tout regrouper.

La troisième consiste à revoir le budget. Si le problème vient d’achats impulsifs, d’abonnements ou de dépenses variables, le regroupement ne résout pas la cause. Dans ce cas, un système comme la méthode kakebo peut aider, car il oblige à noter les dépenses et à classer les décisions de consommation.

La quatrième consiste à séparer l’argent par objectif. Un compte pour les dépenses fixes, un autre pour l’épargne et une carte prépayée pour les dépenses variables peuvent éviter de tout mélanger. Une carte prépayée en ligne pour l’épargne à court terme peut servir à limiter le budget de loisirs ou d’achats et à empêcher les dépenses discrétionnaires d’envahir l’argent réservé aux paiements importants.

Le regroupement de crédits peut être utile lorsque la mensualité est devenue difficile à assumer et qu’il existe encore une capacité de remboursement. Mais ce n’est pas une solution magique. Il peut donner de l’air, simplifier les paiements et éviter les retards, mais il implique généralement de payer plus longtemps et, souvent, plus cher au total. La bonne décision dépend du coût complet, de la durée, des garanties et de l’existence d’un budget qui empêche de retomber dans l’endettement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le regroupement de crédits ?
C’est une opération qui rassemble plusieurs prêts, crédits ou dettes en cours dans un seul nouveau prêt. L’objectif est généralement de payer une mensualité plus basse et de simplifier la gestion.

Le regroupement de crédits réduit-il ce que je dois ?
Pas nécessairement. Il réduit souvent la mensualité, mais peut augmenter le coût total si la durée est trop allongée.

Vaut-il mieux regrouper avec ou sans crédit immobilier ?
Avec crédit immobilier, les taux sont généralement plus bas et les mensualités plus faibles, mais le bien est lié à l’opération. Sans crédit immobilier, le risque patrimonial est plus faible, même si le taux est souvent plus élevé.

Quels frais un regroupement de crédits peut-il avoir ?
Il peut inclure des frais d’ouverture, des frais de remboursement anticipé, des frais d’évaluation, des frais liés à l’opération immobilière et des commissions d’intermédiation. Il faut donc comparer le TAEG et le coût total.

Quand le regroupement de crédits peut-il être utile ?
Il peut être utile si la somme des mensualités actuelles est trop élevée, s’il existe un risque d’impayé et si la nouvelle opération donne de la marge mensuelle sans aggraver la situation à long terme.